La revue sur internet - Gros œuvre, Second œuvre, béton, voirie, espaces verts

 

 

La piscine de la Butte aux Cailles  Paris (75013)

Plongée monumentale au cœur d’un lieu emblématique de l’Art Nouveau

Louis Bonnier s’inscrit dans le mouvement de l’Art Nouveau avec ce bâtiment devenu emblématique qu’est la piscine de la Butte aux Cailles. Sa façade ornée de briques et de béton, matériaux inhabituels à Paris pour ce type d’établissement, rappelle l’architecture du Nord d’où il est originaire. L’intérieur illustre quant à lui l’apparition naissante du Modernisme, avec une vision hygiéniste, qui estompe fortement les velléités décoratives.

Conçue avec toutes les avancées techniques et sanitaires de l’époque, son architecture atypique lui a valu son inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1990. Créée il y a plus d’un siècle, la piscine de la Butte aux Cailles est l'une des deux seules piscines classées de Paris (l'autre étant celle des Amiraux dans le XVIIIème arrondissement).

Pendant près d’un siècle, les bassins sont alimentés par une eau naturellement chauffée à 28°C à l’aide d’un puits artésien. Considérée comme « réserve stratégique » dans les années 90, cette source souterraine est depuis soumise à une réglementation rigoureuse qui implique la mise en place d’une alimentation en eau plus classique de la piscine.

De l’Art Nouveau au renouveau

 

Malgré une première réhabilitation dans les années 90, l’obsolescence du lieu amène la ville de Paris à établir un diagnostic en 2011. Cette étude a démontré la nécessité d’une seconde rénovation de remise aux normes, notamment en termes de confort, d’énergie et d’accessibilité.

La compréhension, voire la connaissance de la méthode constructive historique de Louis Bonnier est indispensable au respect du travail d’origine.

Sélectionnée en 2011 par la ville de Paris pour son expertise technique dans le domaine des réhabilitations complexes et la mise en valeur patrimoniale des bâtiments, l’agence TNA Architectes a pour objectif de faire renaître les espaces intérieurs de ce monument.

« C’était ma première opération concernant une piscine et l’équipe TNA m’a très vite permis de me sentir en confiance, explique Christophe Rosa, Chef de service de la Section Locale d’Architecture du 13e arrondissement de Paris. J’ai rapidement perçu leur expertise et leur expérience dans ce domaine. De plus, on constatait que TNA et ses co-traitants formaient une vraie équipe, habituée à travailler ensemble. Cela induit une véritable collaboration et surtout des échanges fructueux lorsque nous avons été confrontés à des situations techniques compliquées. Chacun a pu apporter sa pierre à l’édifice ! »

Une vague d’enjeux techniques à braver

 

Lancé en 2013, le chantier de renaissance de la piscine de la Butte aux Cailles va se révéler très complexe, au vu des enjeux techniques nécessitant des ressources ingénieuses et d’un cahier des charges lié aux monuments historiques contraignant. Parmi les enjeux majeurs de cette réhabilitation :

• Une halle de bassin très dégradée

De nombreuses dégradations étaient présentes au sein de la halle : éclatements de béton sur les faces externes, des sondages révélant des aciers détériorés, une forêt de poteaux très endommagée sur laquelle reposait le bassin… L’hypothèse de tout détruire et reconstruire, fut abordée puis très vite abandonnée en raison de la contrainte de délai. Une opération de renforcement de béton (réparation du béton, ajout d’armatures, utilisation de résines, traitement, reprise et ré-enrobage de certains aciers, etc.) a été mise en place par TNA Architectes pour conserver l’âme du bâtiment.

• Une étanchéité de bassin compromise

Suite aux opérations de dé-carrelage et re-carrelage menées dans les années 90, intervenir une nouvelle fois sur ce revêtement risquait de nuire à l’étanchéité du bassin. Thierry Nabères et ses associés ont alors employé une solution ingénieuse utilisant de la résine pour sa fonction hermétique.

• Une voûte en pavé de verre, fragilisée

Détail architectural emblématique du style Art Nouveau, trois espaces circulaires incrustés de pavés de verre ornent la voûte de la halle de bassin. Au cours des années et avec la dilatation provoquée par les vapeurs d’eau, ces derniers se sont craquelés et risquaient de chuter, des filets de protection avaient même été installés. Afin de préserver ce symbole historique, l’équipe d’architecte a dû employer un échafaudage de plus de 15 mètres de hauteur pour accéder à la voûte. Celle-ci a été découpée dans son épaisseur de 7 centimètres puis remplacée par un chevêtre en béton avec un croisement de poutres. « Cela nous a permis d’enrober les aciers de 3 cm de béton, l’épaisseur minimale en milieu humide pour éviter l’oxydation, précise Annabelle Deverge, chargée de projet chez TNA ». À cela s’ajoute un début de chantier très mouvementé avec plusieurs découvertes auxquelles l’agence TNA Architectes a dû faire face.

• Un sous-sol qui menace de s’effondrer

La piscine est édifiée au dessus d’une carrière présentant un vide – connu mais finalement instable - de près de 300 m3 qu’il a fallu combler. Au cours des années, la présence de fuites, issues de certaines installations techniques dans les sous-sols, a créé un affaissement invisible du terrain qui s’est révélé sous les pieds des ouvriers lors des fouilles.

Sous la maîtrise de la Section Locale d’Architecture du 13e et en parallèle du chantier qui poursuit son cours à un rythme ralenti, des sondages sont commandés et des injections de carrière sont réalisés en urgence, permettant de régler le problème en moins de 3 mois. Outre une connaissance technique non négligeable, l’architecte se doit d’avoir une sensibilité importante pour aborder ce type de projet où les configurations et les volumes sont exceptionnels. La technique doit servir l’architecture.

Une architecture reflétant

l’essence du patrimoine

 

« Un projet de rénovation ne s’aborde pas par la décision de tout transformer. Le travail d’approche est fondamental, explique Thierry Nabères, architecte associé chez TNA Architectes. Il faut apprendre à aimer le bâtiment, établir une sorte d’affection avec lui. Il est nécessaire d’en découvrir les qualités, les valeurs et de les sublimer au travers du projet. L’esprit du bâtiment antérieur doit être préservé ».

Le principal objectif était de restituer la perception sobre et fonctionnelle du projet d’origine. Le travail architectural réalisé est un savant dosage entre restauration, rénovation et recréation. La réalisation d’un diagnostic a permis de définir les différents niveaux d’intensité du patrimoine dans chaque espace et ainsi d’ajuster les actions pour préserver l’architecture d’origine.

• Une halle de bassin baignée de lumière

L’objectif de TNA Architectes était de rendre à ce bâtiment son esthétisme d’origine à travers la réutilisation de couleurs monochromes et un jeu de lumières naturelles et artificielles. En effet, les rénovations successives avaient abouti à la présence de couleurs criardes, faisant disparaître une partie des ouvrages les plus marquants. La halle de bain retrouve donc ses tonalités sobres d’origine, pour mieux sublimer ses structures porteuses. Dans les intérieurs, le décor se fait rare. L’esthétique est dominée par les lignes épurées de grands portiques de béton blanc dont le profil est exempt de toute velléité décorative, pour n’exprimer que sa fonction constructive. Parmi les rares ornements, les frises carrelées, au dessus des bancs et sur les rebords du bassin, évoquent avec modernisme les motifs d’origine. Cette ponctuation alternant des tonalités bleues et blanches offre une vibration épurée se reflétant dans l’eau.

TNA s’est particulièrement attaché à travailler l’éclairage pour mieux révéler la dimension magistrale de cet espace et assurer le confort des baigneurs. L’équipe a non seulement privilégié la lumière naturelle offerte par la verrière et les pavés de verre, mais elle a aussi créé un véritable plafond lumineux. Fait unique pour une piscine, 14 lampes suspendues ont été installées au dessus du bassin, dans l’esprit initialement souhaité par Louis Bonnier.

• Les vestiaires, un espace chaleureux

Les travaux s’apparentent à un vrai travail minutieux de restauration. Les vestiaires sont l’espace qui a été le plus modernisé. La frise décorative des vestiaires, ornée de carreaux montants et descendants a gardé son esprit d’origine. Très significatif de l’époque Art Nouveau, ce motif de couleur rouge foncé est reproduit dans un style plus contemporain. Les portes en bois massif laissent paraître comme autrefois un dessin en forme de V. La réalisation de moules pour la reproduction de certaines céramiques et de nouveaux cache-vues en métal font renaître le patrimoine Art Nouveau de cet espace. Dans la même logique, les allèges en verre des garde-corps ont été remplacées entièrement par des éléments en métal tressé, dont le dessin reproduit l’état originel (assemblage de cadres métalliques remplis d’une maille de métal tressé).

Les cloisonnettes et les banquettes sont ponctuées de discrètes interventions contemporaines en béton BFUP* de teintes bordeaux et grises, rappelant le projet et dessin d’origine de Louis Bonnier (selon les fouilles dans le sous-sol durant le chantier). Les Bétons de Fibres à Ultra-haute Performance (BFUP) sont des matériaux à structure micrométrique présentant un fort dosage en ciment et en adjuvants, des granulats de faible dimension et une porosité réduite. Ils présentent une durabilité et une résistance exceptionnelles qui permet de se passer d'armatures métalliques dans les éléments structurels. Absents du projet d’origine des casiers, ont été mis en place avec la même rythmique et le même style que les cabines. L’éclairage mêle encore une fois lumière naturelle depuis la verrière monumentale et des bandes LED en rubans lumineux sous les poutres de l’édifice, procurant à cet espace une scénographie chaleureuse. La verrière a été totalement refaite dans le respect du style original, optimisant la transparence afin de laisser rentrer la lumière naturelle et révélant la seconde verrière au dessus en double peau.

Au coeur du 13ème arrondissement, place Paul Verlaine, s’élève l’une des plus anciennes piscines de Paris, la piscine de la Butte aux Cailles. C’est en 1924 que l’architecte et urbaniste de la ville de Paris Louis Bonnier la réalise pour compléter un établissement de bains-douches créé en 1908. Sélectionnée en 2011 par la ville de Paris pour son expertise technique dans le domaine des réhabilitations complexes et la mise en valeur patrimoniale des bâtiments, l’agence TNA Architectes a eu pour objectif de faire renaître les espaces intérieurs de ce monument dont la réhabilitation complexe s’est révélée comme une suite d’enjeux techniques à braver.

Plan de masse

Les vestiaires, un espace chaleureux

Détail architectural emblématique du style Art Nouveau, trois espaces circulaires incrustés de pavés de verre ornent la voûte de la halle de bassin.

Une halle de bassin baignée de lumière

Coup d’œil sur TNA

 

Fondée par Thierry Nabères en 1986, l'agence TNA, en tant que société d'architecture, a vu le jour en 1998 et se positionne aujourd'hui comme l’une des spécialistes dans la construction ou la réhabilitation d'équipements sportifs et aquatiques. Avec ses associées, Catherine Devaux et Élise Thullier, Thierry Nabéres développe ses projets dans une démarche privilégiant une qualité tant de conception que d'écoute de ses donneurs d'ordre. L'agence met en avant des recherches constantes sur le travail de la lumière dans l'architecture. Son attention se porte sur la réalisation de projets complexes dans toutes leurs dimensions, architecturales, techniques, fonctionnelles. Le sujet de la réhabilitation de patrimoines d'époques variées est un point fort de l'agence, qui s’ajoute au plaisir de travailler des sujets complexes.

Fiche chantier

 

 

Surface totale du bâtiment : 1 460 m2

Surface bassin : 396 m2

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Paris

Maître d’ouvrage : Section Locale d’Architecture du 13e

Architecte : TNA Architectes

Entreprise e travaux : CBC Service

Début du chantier : 14 février 2013

Livraison : 12 juin 2014

Coût des travaux : 4,7 M € HT

 

Actualité

Produits

Matériel

Espaces Verts

Aménagement

Chantiers

Béton

Reportages

A Lire

Dossiers

Formation

Matériel de chantier

Prise en main