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A Ivry-sur-Seine (94)

Des déchets naît la matière…

C’est un bien étrange dessin que le promeneur découvre sur la place du Général de Gaulle, dans le quartier de la ZAC du Plateau à Ivry-sur-Seine. Des courbes et des arabesques s’entremêlent au sol dans une palette de couleurs chaudes. Des couleurs qui ne sont pas s’en rappeler celles… du marbre. Le Marbre d’ici, c’est une nouvelle matière produite localement à partir de gravats inertes issus des démolitions d’immeubles. Concassés, mélangés à du ciment et de l’eau, puis coulés en strates, les déchets du BTP sont recyclés et deviennent un matériau noble à intégrer aux projets architecturaux et urbains, une nouvelle ressource pour la création contemporaine, le design, la construction et l'aménagement d’espaces publics. Par un travail plastique, social et symbolique, Marbre d’ici, dus à l’artiste plasticien Stefan Shankland, transforme les décombres de la ville en de singuliers artefacts.

Chaque coloris correspond à un granulat différent : brique pour le rouge, béton pour le gris, etc.

La Ville d’Ivry-sur-Seine possède actuellement environ un quart de son territoire en transformation pour les 15/20 ans à venir. Face aux chantiers et aux démolitions intensives en prévision, cherchant de nouveaux modes opératoires pour casser l’uniformité de la ville et lui apporter une dimension esthétique plus importante, ses services de l’urbanisme se sont rapprochés de Stefan Shankland.

L’artiste anoblit les déchets

 

Stefan Shankland conçoit et réalise depuis plus de dix ans des projets artistiques s’intégrant aux contextes urbains, industriels et naturels, en France et à l'étranger. Il poursuit une recherche artistique basée sur la gestion des déchets et des pratiques de recyclage de la matière usée. En 2008, la démolition des immeubles et des entrepôts existant le long de l’avenue de Verdun à Ivry laisse des tonnes de gravats et de résidus inexploités. Stefan Shankland travaille pendant 6 mois aux côtés de l’entreprise Marto pour récupérer 40 m3 de ces gravats qui représentent pour lui  une trace matérielle de l’histoire de ce quartier, à conserver et à valoriser.

C’est ainsi qu’en 2011 il crée Marbre d’Ici, réalisée dans le cadre du projet TRANS305 en collaboration avec Raum Architectes ; une œuvre d’art produite localement à partir des gravats provenant des démolitions d’immeubles. Des déchets qui, une fois broyés et mélangés, deviennent un nouveau matériau noble utilisé dans la mise en oeuvre des espaces publics.

Pour la formulation de Marbre d’Ici Stefan Shankland s’est rapproché de la FIB (Fédération de l’Industrie du Béton) et du Cerib (Centre d’Études et de Recherches de l’Industrie du Béton), qui lui ont apporté une contribution technique, notamment sur la formulation des matériaux et leur mise en œuvre.

« Dans ce cadre, les démolitions, les chantiers de construction d’immeubles, l’aménagement des voiries ou la réalisation d’espaces publics ne sont plus seulement des contraintes et des nuisances mais constituent ainsi une  nouvelle ressource constructive. Notre travail dans le projet de Stefan Shankland a consisté à identifier les constituants les plus appropriés (liants, adjuvants, granulats…), puis à déterminer par une série d’essais itératifs les meilleures proportions entre eux », explique Patrick Rougeau, directeur Matériaux et Technologie du Béton au Cerib.

« Nous sommes intervenus lors d’un premier essai, sur le chantier Marbre d’ici au Château de Chamarande dans l’Essonne, dans le cadre d’un appui technique sur la mise au point des bétons et leur mise en œuvre sur site. D’un point de vue technique, la difficulté a été de définir des compositions permettant d’atteindre des performances parfois contradictoires les unes par rapport aux autres : fort taux d’incorporation de granulats issus de la déconstruction, fluidité, stabilité statique et durabilité. Ce chantier étant en intérieur, les conditions de mise en œuvre sur l’esplanade d’Ivry-sur-Seine, étaient passablement différentes puisque la matière devait résister non seulement à l’usure du temps mais également aux passages répétés et à des conditions climatiques plus difficiles. »

 

Un résultat impressionnant

 

Le travail collaboratif du Cerib avec l’artiste a conduit au développement d’une structure composée par deux bétons coulés en couche successives et d’un treillis constitué de fibre de verre. Un béton de masse peu déformant est utilisé en sous-couche. Le treillis est ensuite posé sur le béton frais. Vient ensuite le Marbre d’Ici de finition dont la fluidité est beaucoup plus élevée, ce qui permet d’obtenir des lignes et des courbes fluides et harmonieuses à la surface. L’ensemble forme une structure suffisamment résistante en flexion pour ne pas se fissurer sous l’effet du poids des promeneurs, ni conduire à l’apparition de fissures du fait des variations dimensionnelles naturelles des matériaux et du travail du sol. Sur la place du Général de Gaulle, pour créer un nouvel espace public,  Marbre d’ici prend la forme d’une grande dalle en béton de 260 m2, coulée en cinq jours, en septembre dernier. Chaque coloris correspond à un granulat différent : brique pour le rouge, béton pour le gris, etc. Les délimitations du motif entre les tonalités sont faites à l’aide de tuyaux d’arrosage qui sont ôtés au fur et à mesure en début de prise pour assurer la jonction entre les volutes. Cette sculpture dans l’espace public utilise plus de dix tonnes de briques, pierres calcaires et autres gravats provenant de la démolition des immeubles et entrepôts du quartier. Concassés et réduits en poudre, ces gravats sont intégrés à la composition du nouveau béton utilisé pour réaliser le sol de la place.

L’artiste fait ainsi d’un chantier urbain, le plus souvent synonyme de nuisances, un moment de création où il convie tous les acteurs de la ville et les riverains à œuvrer ensemble pour une nouvelle culture locale. Son idée a germé et essaime déjà dans d’autres villes. Quand on sait que les travaux du Grand Paris devraient durer au moins 30 ans, Stefan Shankland et ses partenaires ont devant eux un vaste champ d’expression. La production de l’œuvre Marbre d’ici à usage de sol, ainsi que son protocole d’entretien et de restauration, sont le fruit de la collaboration étroite entre l’artiste Stefan Shankland, Raum architectes, Urbicus paysagistes, le bureau d’études BATT, le Cerib, Grand Paris Aménagement, le promoteur BNP Paribas Immobilier, les entreprises présentes sur les chantiers de la ZAC du Plateau : Perez et Morelli (démolition), Fayolle, Minéral Service (terrassement), et les services de la Ville d’Ivry-sur-Seine.

Vue aérienne du motif.

Marbre d’ici prend la forme d’une grande dalle en béton de 260 m2, coulée en cinq jours, en septembre dernier. Chaque coloris correspond à un granulat différent : brique pour le rouge, béton pour le gris, etc. Les délimitations du motif entre les tonalités sont faites à l’aide de tuyaux d’arrosage qui sont ôtés au fur et à mesure en début de prise pour assurer la jonction entre les volutes.

Cette sculpture dans l’espace public utilise plus de dix tonnes de briques, pierres calcaires et autres gravats provenant de la démolition des immeubles et entrepôts du quartier.

 

Fiche chantier

 

• Maîtrise d’ouvrage : Ville d’Ivry-sur-Seine / Grand Paris Aménagement

• Maîtrise d’œuvre : Stefan Shankland / Raum Architectes

• Formulation des matériaux et mise en œuvre : Cerib

• Entreprise de terrassement : Minéral Service

• Paysagiste : Urbicus

• Entreprises associées : BATT (Bureau d’études techniques infrastructure), Perez et Morelli (entreprise de démolition), Fayolle (entreprise de   VRD) et les services de la Ville d’Ivry-sur-Seine.

• Promoteur : BNP Paribas Immobilier.

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