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 Paris

LE CENTRE SPIRITUEL & CULTUREL ORTHODOXE RUSSE DE PARIS

Occupé à l’origine par le siège de Météo France, le site du quai Branly qui accueille le Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe (CSCOR) se situe en bordure des berges de la Seine, classées au Patrimoine mondial de l’Unesco, à proximité immédiate de plusieurs sites touristiques très fréquentés. Le projet est contigu au Palais de l’Alma et bâti non loin de la Tour Eiffel, du Musée du quai Branly, de l’Esplanade des Invalides rive gauche, du Grand Palais et du Musée d’Art Moderne rive droite.

Nouvelle couverture : Les tuiles plates du cloître Persenbeug offrent un jeu de couleurs changeant selon les conditions météorologiques.

Le programme  du Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe se compose de quatre bâtiments conçus pour entrer en résonnance aussi bien entre eux qu’avec les constructions alentour, constituant ainsi un ensemble harmonieux et intégré au tissu urbain existant :

• Un centre culturel (bâtiment Branly), comprenant deux salles d’exposition ;

• La cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité ;

• Un centre administratif (bâtiment Rapp), comprenant un auditorium de 209 places et son foyer, des bureaux du service culturel de l’ambassade de Russie en France ainsi que des appartements pour les employées du centre ;

• Un pôle éducatif (bâtiment Université) qui peut accueillir jusqu’à 150 élèves (enfants et adultes), comprenant des salles de classe et des ateliers, une bibliothèque et une cour avec un préau.

La genèse du projet

 

En 2007, le Patriarche de l’Eglise orthodoxe russe, Alexis II, en visite en France, est reçu par le Président Nicolas Sarkozy, auquel il demande alors l’autorisation de construire une Eglise orthodoxe russe à Paris. Nicolas Sarkozy ayant donné son accord de principe au projet, la Fédération Russe se met en recherche d’un site où la construction pourrait s’édifier. C’est sur le terrain de Météo France, quai Branly, délocalisée en dehors de Paris, que va se porter son choix, et pour lequel elle va remporter l’appel d’offre lancé et acquérir le terrain.

Vu l’importance de l’événement et, en particulier, de Paris, qui est considérée par les Russes comme le centre culturel de l’Europe, et pour laquelle ils conservent depuis 1917 une affection particulière, un concours international est organisé. Une centaine de participants, dont beaucoup de Français, vont prendre part au concours. Néanmoins, le maire de Paris de l’époque n’apprécie pas le projet retenu par le jury, et encore moins la couleur dorée des coupoles jugée trop « voyante » et qui sera remplacée par une tonalité « champagne » plus douce ! Soucieuse d’éviter une source de conflit, la Fédération Russe va donc se tourner vers l’architecte Jean-Michel Wilmotte, second du concours, pour préparer un nouveau projet.

L’architecte Jean-Michel Wilmotte qui a conçu la Cathédrale orthodoxe russe à Paris, connaît bien l’histoire et l’art russe, et dans son projet il s’est inspiré de la tradition canonique russe, en particulier de la Cathédrale de l’Assomption au Kremlin. La conception a donc été faite selon les canons orthodoxes précis, dont les cinq dômes qui ont été introduits à l’époque du deuxième tsar Romanov.

Des transitions paysagères douces

 

Une attention particulière a été portée au volet paysager ainsi qu’aux transitions avec l’espace public afin de permettre une insertion fine des bâtiments dans leur environnement. On obtient ainsi une parcelle ouverte et aérée présentant une typologie (bâti + jardin) typique du 7éme arrondissement.

Dès l’origine, le projet a été pensé comme un projet urbain.  Une large allée a été créée pour assurer une transition douce entre le Palais de l’Alma et le nouvel ensemble. Côté rue de l’Université, entre le Palais de l’Alma et le futur pôle éducatif, une vaste cour a été créée, en partie couverte par une toiture en verre et isolée visuellement du Palais de l’Alma par un rideau végétal.

Méthode d’exécution des voiles

de la cathédrale

 

La structure de l’église a été réalisée en béton armé avant de recevoir les parements de façade en pierre à l’extérieur et l’enduit pour les fresques à l’intérieur.

Les voiles de façade (murs) mesurent 17 m de hauteur, 20 m de largeur et 48 cm d’épaisseur. Bouygues Bâtiment IDF a établi un nouveau record en coulant ces voiles en une seule fois sur toute la hauteur.

Pour exécuter ces ouvrages, un échafaudage de 125 tonnes a été mis en place à l’intérieur de l’église, sur lequel ont été fixées les banches (moules pour le béton) de 17 m de haut. Une fois le ferraillage terminé, les banches sont fermées et le béton coulé depuis le sommet. Cette technique a nécessité le développement d’une formulation de béton particulière avec le cimentier Lafarge. La spécificité de ce béton est de durcir progressivement dès le coulage et d’éviter ainsi des pressions gigantesques à la base des voiles qui auraient pu causer une déformation des banches ou leur éclatement.

Cette méthode de construction a permis aux compagnons de travailler en toute sécurité, de raccourcir le délai d’exécution, et d’obtenir une structure de haute qualité, sans fissuration.

La pierre blanche de Massangis

 

Le choix de la pierre noble de Massangis, en provenance de Bourgogne et fournie par l’entreprise Rocamat, recouvre notamment le pont d’Iéna, le Musée d’Art Moderne, ou encore les bâtiments du Trocadéro. Elle renforce l’identité parisienne du Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe.

L'innovation se situe dans l'utilisation de bandeaux de pierre fins et allongés, plutôt que des blocs carrés ou rectangulaires, pour former des « strates » de pierre aux longueurs variables. Rien que pour la cathédrale, 6 184 pièces, de 72 types différents, ont été utilisées, créant des façades dynamiques qui jouent avec la lumière, et en présentent de subtiles nuances. Ces techniques de mise en oeuvre et ces associations de matériaux étaient utilisées pour la première fois dans ce contexte.

Les bulbes d’une cathédrale orthodoxe

 

Les bulbes sont caractéristiques de l’architecture religieuse orthodoxe russe. Leur nombre peut varier mais ils sont généralement 5, comme sur la nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité. Le grand bulbe et les 4 plus petits symbolisent le Christ et les quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean.

Les bulbes, traditionnellement constitués d’une charpente en bois ou en métal et recouverts de feuilles de cuivre dorées, d’ardoise ou de céramique, présentent généralement une surface à « facettes ». Obtenir des bulbes totalement lisses tels que les avait imaginés Jean-Michel Wilmotte, est une opération difficilement réalisable avec les techniques traditionnelles. Pour les réaliser, Bouygues Bâtiment Ile-de-France a décidé d’utiliser des matériaux composites et a fait appel à l’entreprise Multiplast basée à Vannes, experte dans la fabrication de grands multicoques de course.

En effet, largement répandus dans l’industrie aéronautique et navale, les matériaux composites sont quasiment absents dans le bâtiment. L’emploi du matériau composite : fibres de verre/résine est une première dans la fabrication de dômes d’églises. L’utilisation de cette technologie pour réaliser les bulbes de la cathédrale est donc une première mondiale. Cette technique présente le double avantage de réduire considérablement le poids des bulbes (le grand bulbe qui aurait pesé 42 tonnes en matériaux traditionnels ne pèse plus ici que 8 tonnes) ainsi que le délai global d’exécution, les bulbes étant préfabriqués pendant l’exécution du gros oeuvre.

La fabrication des 5 bulbes a démarré au mois de juin 2015 par la création des moules spécifiques à chaque pétale. Le grand bulbe se compose de 8 pétales inférieurs, de 4 pétales supérieurs et d’un cône terminal supportant la croix. Les 4 petits bulbes se composent de trois pétales et d’un cône terminal.

Pour réaliser un pétale, chaque moule est drapé de 3 épaisseurs de fibre de verre. La fibre est ensuite recouverte d’une mousse thermoplastique de 50 mm d’épaisseur, elle-même recouverte de 3 autres épaisseurs de fibre de verre. Suivant une technique appelée « infusion », l’ensemble est ensuite mis sous vide avant d’y injecter la résine époxy, qui va se diffuser dans l’ensemble des fibres. Après la cuisson du complexe, le pétale est démoulé, assemblé pour vérifier l’ajustage, puis préparé à recevoir la dorure en atelier.

Une fois dorés, les bulbes ont été démontés puis transportés par convoi exceptionnel sur le chantier à Paris où ils ont été assemblés au sol.

90 000 feuilles d’or

 

Les cinq bulbes sont recouverts d’un alliage d’or et de palladium appelé «Moon Gold», une dorure mate qui se différentie de l’or jaune utilisé, par exemple, pour le dôme des Invalides ou les statues du pont Alexandre III.

Il aura fallu trois mois et pas moins de 90 000 feuilles d’or - chacune mesurant 8 x 8 cm de côté – pour couvrir les 5 bulbes, une opération menée dans les ateliers de Multiplast par l’entreprise parisienne Gohard.

Un auditorium de 209 places

 

L’auditorium est situé dans le centre administratif. Au rez-de-chaussée, son foyer entièrement vitré s’ouvre sur le grand parvis sud relié à l’avenue Rapp. La régie est installée au niveau R+1.

De forme semi-circulaire, l’auditorium propose 209 places (dont 10 places réservées aux personnes à mobilité réduite) et peut accueillir toutes sortes d’événements (conférences, lectures, concerts, projections de films, etc.).

Véritable prouesse technique, la coque de l’auditorium ne repose sur aucun pilier, sa structure est suspendue.

Conçu en partenariat avec le scénographe Scène et le bureau d’études acoustique Lasa, cet auditorium utilise les technologies les plus récentes et des équipements techniques haut de gamme qui offrent à l’espace un confort acoustique optimal.

L’ensemble des parois intérieures ont été travaillées en panneaux de bois acoustiques (microperforés) et réverbérants (lisses). Les plafonds ont également été traités pour absorber et réfléchir le son (fond de salle, revêtement acoustique BAS WAphon, plaques de plâtre au-dessus de la scène).

Toujours en vue d’optimiser l’acoustique du lieu, les sièges réalisés par Poltrona Frau, sont recouverts de tissu.

Fiche technique :

 

Maître d’ouvrage : Fédération de Russie

Maître d’oeuvre architecturale : Wilmotte & Associés

Maîtrise d’oeuvre de conception et d’exécution : Bouygues Bâtiment Ile-de-France

Entreprise Générale : Bouygues Bâtiment Ile-de-France

Paysagiste : Louis Benech

BET Façade : VP & Green

BET Structure : Ceba (Bouygues Bâtiment IDF)

BET CVC / PLB / CFO / CFA: Arcoba

BET Environment : Green Affair

BET Acoustique : Lasa

BET Sécurité Incendie : Apex Incendie

Scénographie : Scène

Géomètre : Geoperspectives

BET VRD : Otci

BET Restauration : Convergence

Éclairagiste : Speeg + Michel et Associés

Coordinateur SPS : Comet

Bureau de Contrôle : Bureau Veritas

Consultant BIM : Atelier Juno

Achat du terrain par la Fédération de Russie : 28/01/2010

Obtention du permis de construire : 24/12/2013

Début de la démolition : 17/01/2014

Durée de la démolition : 6 mois (dont 3 de désamiantage et de curage)

Début de la construction : 15/07/2014

Bénédiction du site : 12/02/2015

Première pierre de la cathédrale : 14/04/2015

Bénédiction des croix et pose du grand bulbe : 19/03/2016

Bénédiction des cloches : 05/07/2016

Pose des quatre petits bulbes : 23/08/2016

Fin de la construction : 31/08/2016

Date de la livraison : 18/10/2016

Surface du terrain : 4 240 m2

Surface des constructions : 4 655 m2

Espaces extérieurs : 2 830 m2 dont 500 m2 d’espaces verts

Hauteur des bâtiments : 17,55 m

Hauteur de la plus haute croix : 36,20 m

Hauteur sous plafond sous le grand bulbe : 24 m

1 600 m3 de pierre de Massangis (Bourgogne) extraits, soit 4 000 tonnes

12 000 éléments de pierre usinés pour les façades

150 tonnes d’inox pour la façade

Grand bulbe : 8,2 tonnes, hauteur : 11,5 m, diamètre :

11 m, croix : 3,30 m

Petits bulbes : 2 tonnes, hauteur : 6 m, diamètre :

5,8 m, croix : 2,3 m

Dorure : Moongold (alliage d’or et de palladium)

90 000 feuilles de 88 mm de côté et de 80 μm d’épaisseur

Sur le chantier :

• 135 entreprises partenaires

• 160 compagnons

• 400 000 heures de travail de production

Maillage strict : Les nouvelles tuiles plates sont combinées avec un ensemble de protections bien délimitées contre la neige. Les bordures et les gouttières évacuent ainsi l'eau sans perturbation. Photos : Erlus

Les cinq bulbes sont recouverts d’un alliage d’or et de palladium appelé Moon Gold, une dorure mate qui se différencie de l’or jaune utilisé, par exemple, pour le dôme des Invalides ou les statues du pont Alexandre III. Il aura fallu trois mois et pas moins de 90 000 feuilles d’or - chacune mesurant 8 x 8 cm de côté - pour couvrir les 5 bulbes, une opération menée dans les ateliers de Multiplast par l’entreprise parisienne Gohard.

Dans la zone des gouttières, où il n'y a pas de grilles pare-neige, une série de pare-neige resserrés fait office de barrière.

Pose du voile ©Cyrille Castel

Pose du grand dôme de la cathédrale orthodoxe.

 ©Bouygues Bâtiment Ile-de-France.

En Russie, les dômes des églises sont façonnés à partir de zinc, et s'appuient sur des charpentes en bois, à Paris, c’est un matériau composite qui a été utilisé.

Largement répandus dans l’industrie aéronautique et navale, les matériaux

composites sont quasiment absents dans le bâtiment. L’utilisation de cette technologie pour réaliser les bulbes de la cathédrale est donc une première mondiale.

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